Risques de la dénutrition

Dénutrition : les risques chez les seniors

A domicile, la prévalence de la dénutrition des plus de 70 ans varie de 4% à 30% en cas de perte d’autonomie.
La dénutrition atteint 15 à 30% en institution et 50 à 60 % à l’hôpital (1)

 La perte musculaire chronique affecte 30% des personnes âgées de plus de 60 ans et peut dépasser 50% des personnes âgées de plus de 80 ans (2)

 Légumes

A l'hôpital, la dénutrition – autrement dit la perte de poids non volontaire – touche un enfant sur dix, un adulte sur quatre et une personne âgée sur deux.
Si la maladie est guérissable, la dénutrition va ralentir sa guérison. Si elle est handicapante, elle va alourdir le handicap.

Beaucoup de personnes âgées ne mangent pas suffisamment ni en quantité ni en variété pour répondre à leurs besoins alimentaires, même dans les pays industrialisés (3). La dénutrition protéino-énergétique est fréquente aussi chez les malades hospitalisés (4).

La dénutrition altère la qualité de vie. Elle limite l’autonomie, augmente le risque d'escarres, d’infections, de fractures (hanche, vertèbres), augmente le risque de complications en cas d’hospitalisation et elle augmente la mortalité. La dénutrition augmente le nombre de visites médicales et de séjours à l’hôpital (3,5-7), ainsi que les dépenses de santé pour les personnes âgées à domicile et en institution (2,3,7,8).

Il existe une diminution physiologique de la masse musculaire, mais si une personne continue à ingérer une quantité constante de protéines de bonne qualité en vieillissant, il n’y aura pas d’altération de son métabolisme de la synthèse des protéines. De même, la pratique d'une activité physique adaptée aide à lutter contre la perte musculaire liée à l'âge (6-14).

 Le risque nutritionnel existe en cas d’apport nutritionnel insuffisant, de perte de poids involontaire > 5% en 3 mois ou > 10% en 6 mois, ou encore d’indice de masse corporelle (IMC) < 21 kg/m (7).

La dénutrition est multifactorielle, favorisée par :

  • l’anxiété, l’apathie, la fatigue et la dépression,
  • la prise de médicaments (effet indésirable),
  • les maladies chroniques,
  • la dépendance pour l’aide aux repas,
  • les épisodes d’hospitalisation : maladie aiguë, augmentation des besoins métaboliques (maladie, chirurgie), stress de l’hospitalisation,
  • la maladie d’Alzheimer et autres troubles cognitifs,
  • les troubles de la déglutition (suites d’accident vasculaire cérébral, chirurgie maxillo-faciale),
  • les problèmes bucco-dentaires,
  • une alimentation hachée, mixée ou en purée (15 à 26% des patients en long séjour),
  • la sensation de satiété précoce et le ralentissement de la vidange gastrique pour les liquides chez les personnes âgées (2,3,7,15,16).

Il est plus facile de prévenir la dénutrition que de la traiter (6,10). En cas de perte de poids involontaire, commencer de façon précoce une alimentation enrichie ou des compléments nutritionnels augmente considérablement les chances de succès : renutrition, amélioration de l’autonomie et de l’état général (3,7).

Malgré des différences dans l’efficacité d’utilisation, l’âge n’altère pas la capacité de synthèse des protéines musculaires après ingestion d’un aliment riche en protéines (6). Il est démontré qu’un apport protéique augmente le poids et diminue la mortalité (15). Il est préférable de répartir l’apport protéique en plusieurs prises dans la journée (déjeuner, dîner et deux collations à 10h et à 16h) plutôt que de donner les plats protéiques (viande, poisson, œufs) uniquement au déjeuner et au dîner (2). De plus, une circulaire précise que les personnes âgées ne doivent pas rester plus de 12 h sans manger : il est donc recommandé de donner une collation supplémentaire à 21h (Conseil National de l’Alimentation, avis n°53 du 15 décembre 2005).

 Références

1. Haute Autorité de Santé. Recommandations professionnelles. Stratégie de prise en charge en cas de dénutrition protéino-énergétique chez la personne âgée. Avril 2007.

2. Paddon-Jones D, Short KR, Campbell WW et al. Role of dietary protein in the sarcopenia of aging. Am J Clin Nutr 87(suppl): 2208, 1562S-6S.

3. Arvanitakis M, Beck A, Coppens P et al. Nutrition in care homes and home care: how to implement adequate strategies (report of the Brussels Forum (22-23 November 2007)). Clin Nutr 2008;27:481-488.

4. Hiesmayr M, Schnidler K, Pernicka E et al. Decrease food intake is a risk factor for mortality in hospitalised patients: the Nutrition Day Survey 2006. Clin Nutr 2009;28:484-491.

5. Milne, AC, Avenell A, Potter J. Meta-analysis: protein and energy supplementation in older people. Ann Intern Med 2006, 144:37-48.

6. Symons TB, Schultzler SE, Cock TL et al. Aging does not impair the anabolic response to a protein-rich meal. Am J Clin Nutr 2007, 86:451-456.

7. Volkert D, Bernenr YN, Cederholm T et al. ESPEN guidelines on enteral nutrition: geriatrics. Clin Nutr 2006, 25:330-360.

8. Pritchard C, Duffy S, Edington J et al. Enteral nutrition and oral nutrition supplements: a review of the economics literature. J Patenter Enteral Nutr 2006, 30:52-59.

9. Wright L, Cotter D, Hickson M et al. Comparison of energy and protein intakes of older people consuming a texture modified diet with a normal hospital diet. J Hum Nutr Dietet 2005, 18:213-219.

10. Norman K, Kirchner H, Freudenreich M et al. Three month intervention with protein and energy rich supplements improve muscle function and quality of life in malnourished patients with non-neoplastic gastrointestinal disease—A randomized controlled trial. Clin Nutr 2008, 27:48-56.

11. Campbell WW, Johnson CA, McCabe GP et al. Dietary protein requirements of youngers and older adults. Am J Clin Nutr 2008, 88:1322-1329.

12. Katsanos CS, Chinkes DL, Paddon-Jones D, et al. Whey protein ingestion in elderly persons results in greater muscle protein accrual than ingestion of its constituent essential amino acid content. Nutr Res 2008, 28:651-658.

13. Bischoff-Ferrari HA, Dawson-Hugues B, Baron JA et al. Calcium intake and high fracture risk in men and women : a meta-analysis of prospective cohort studies and randomized controlled trials. Am J Clin Nutr 2007, 86:1780-1790.

14. Borsheim E, Quynh-Uyen TB, Tissier S et al. Effect of amino acid supplementation on muscle mass, strength and physical function in elderly. Clin Nutr 2008, 27:189-195.

15. Milne AC, Potter J, Avenell A. Cochrane collaboration. Protein and energy supplementation in elderly people at risk from malnutrition (Review). The Cochrane Library Issue 1 2008.

16. Grégoire J. Prise en charge de la dénutrition en milieu hospitalier : de la théorie à la pratique. Mémoire licence professionnelle Nutrition et Alimentation Humaine. IUT Université de Montpellier. 2008.